Une campagne électorale se termine à peine qu’une autre la remplace.
Aux deux extrémités de l’espace politique, qu’il s’agisse d’élection locales ou internationales, ce sont deux français, socialistes (qui l’eut cru), qui font la une de la blogosphère en ce moment.
Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn ont ouvert chacun un blog pour accompagner leur candidature. L’un à sa propre ré-élection à la Mairie de Paris, l’autre à la présidence du FMI.

Depuis la campagne électorale du début de l’année, on sait que politique et web sont désormais inséparables.
Au delà de la dimension "participative" – pour ne pas dire parfois "anarchique" – de ce média, les conseillés en communication politique (dont le moindre n’a pas été Loïc Le Meur, serial entrepreneur aujourd’hui en stage de perfectionnement à San-Francisco) ont bien cerné les atouts de ce mode de communication, principalement fondés sur le partage au sein de réseaux personnels ou sociaux et sur la simplicité d’accès et l’absence de filtres.

Internet et Politique : une histoire parallèle

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Si le pouvoir politique a assez vite vu l’intérêt que présentait le réseau des réseaux pour améliorer les liens avec les citoyens (l’Elysée, les ministères et le gouvernement ont tous leur(s) site(s) web depuis plus de dix ans), l’histoire des sites personnels politiques est plus récente puisqu’elle correspond à l’avènement des blogs. Celle des sites de campagne ne date, véritablement, que de la dernière campagne présidentielle.
En France, tout a commencé par le faux "site de Jacques Chirac", qui squattait le nom de domaine ELYSEE.COM (aujourd’hui inactif) et qui, un peu à la manière des Guignols de l’info, parodiait les états d’âme supposés de l’ancien Président de la République. Le principe a, depuis, été repris dans d’autres domaines, en France comme à l’étranger. Ainsi des faux blogs personnels fleurissent, comme le journal secret de Steve Jobs ou le journal secret de Steve Balmer.
C’est ensuite le branché Alain Juppé qui nous a tenus en haleine toute une année, du haut de son estrade québécoise, officialisant le caractère "mondial" (je ne trouve pas d’autre mot) et "personnel" du blog, au sens où il diffuse la parole officielle de son auteur.
Plus près de nous, on se souvient également de la fameuse "réponse", par voie de blog, d’un François Fillon fraîchement élu, au «Canard Enchaîné» qui semblait douter de ses compétences de pilote automobile.

La dernière campagne présidentielle a sublimé le concept en faisant fleurir les sites de campagne. Chaque candidat a pu compter sur le relais du web, même Gérard Schivardi, dont nous avons déjà parlé ici. On a même assisté à des "Daylimotion Fights", nouveau sport politique : "Tu diffuses ma boulette sur les 35 heures au lycée ? Je te balance ta blague foireuse sur le ministère de la rénovation urbaine à coup de Kärcher".
Chaque semaine apportait son lot de révélations et d’indiscrétions. On a même parlé de concrétisation de la démocratie directe grâce à Internet. Ca se discute…

Deux socialistes en campagne

Photo Dominique Stauss-Kahn Photo AFP

Deux hommes politiques font la une des blogs en cette semaine de rentrée des classes : Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn.
Tous deux sont candidats, le premier à sa propre ré-élection à la Mairie de Paris, et l’autre à la Présidence du FMI.

Nous ne polémiquerons pas sur la proximité qu’entretiennent ces deux socialistes, de façon plus ou moins assumée, avec le nouveau Président (doit-on encore préciser "de la République" tant il incarne désormais par son omniprésence le premier d’entre eux, celui que, outre-Atlantique, on reconnaît sous le vocable de «mister President»). D’autres blogs sont spécialisés dans le commentaire politique.
On remarquera cependant que chacun applique les leçons du vainqueur de la course à l’Elysée en matière de communication : parler de soi et faire parler de soi (le fameux buzz) au travers d’un média dont on maîtrise le contenu. Ce contenu étant diffusé sous une forme familière au public visé : la vidéo, la fameuse petite lucarne.
Si Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn ont tout deux choisi Internet pour promouvoir leur message, seul le premier a choisi le contenu vidéo pour le diffuser.
Sans doute une question de cible : les parisiens hyper-connectés en haut-débit pour le premier et le microcosme politico-journalistique international, plus sensible au fond qu’à la forme, pour le second.

Bertrand Delanoë

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Bertrand Delanoë a donc créé un vlog (vidéo blog), suivant ainsi la tendance sur-exploitée par le site de campagne de Nicolas Sarkozy, mais en ayant su éviter l’écueil de l’ "overdose de contenu".
Articulés autour de 4 grands thèmes, les contenus, essentiellement vidéo mais aussi textuels, du blog présente les interventions du candidat, des témoignages des ressources documentaires et des appels à participer au travers des commentaires. Il met ainsi à profit le succès inattendu du site de Ségolène Royal, «Désirs d’avenir».
La charte graphique inspirée directement des préceptes de Google puisqu’elle est particulièrement dépouillée : un fond blanc uniquement illustré d’un bandeau de dessins naïfs. Je n’ai pu m’empêcher de penser au fond de page iGoogle.

Par sa structure et sa présentation, le site dégage un sentiment de fraicheur, de simplicité, de fluidité.
La mise en page et les cadrages des vidéos (plans américains fixes) apportent presque un sentiment d’intimité.
Bravo aux concepteurs (Olivier Pacteau, Thomas Poirier et AF83) et à l’illustratrice (Cécile Perrin) qui ont personnalisé une base WordPress.

Dans un soucis de pluralité, on pourra également visiter le site de Françoise de Panafieu et de Bernard Debré (plus classiques), tous deux candidats de droite à la succession de l’actuel maire.

Dominique Strauss-Kahn

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Du côté de DSK on est resté plus proche du concept original du blog par l’utilisation d’une charte graphique plus rigide et classique, proche de sites institutionnels américains, qui abrite catégories et billets datés.
DSK est un habitué du genre puisqu’il tient depuis début 2004 son blog perso.
Malheureusement, comme cela a l’air de devenir la mode, il n’est pas possible de déposer des commentaires.
Cela en fait donc un simple organe de propagande à la gloire de son auteur. Mais poursuit-t-il un autre but en l’occurence ?

Fonctionnalité intéressante : il permet d’intégrer le calendrier du blog à son propre agenda compatible au format Ical.
Proposé en version bilingue, il est essentiellement constitué de contenu montrant la vision de DSK pour le poste qu’il brigue et les divers soutiens qui lui sont apportés de par le monde.
L’autre candidat, le tchèque Josef Tosovsky soutenu par Moscou, ne dispose pas de site perso (est-ce un un signe ?) mais on pourra consulter sa fiche sur Wikipedia.

Voici donc, s’il en était besoin, une nouvelle preuve de la qualité de la création française et du rôle désormais indiscuté de web comme média à part entière.
Puisqu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, autant créer sa propre chaîne d’info où l’on est, à peu de frais finalement, à la fois producteur et diffuseur.

Daniel Schneidermann ne manquera certainement pas d’analyser cette tendance dans le cadre de son projet de site, successeur de son émission «Arrêt sur image».

1 comment

  1. MBark 10 juillet 2008 at 3:26

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    ‘olivier pacteau , thomas poirier et af83’ ! précision impportante pour la compréhension 😉 merci pour ce billlet, c’est toujours un plaisir de vous lirr, bye bye

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